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Les Mains Secrètes Littératures & Arts du Maghreb / Maghrebian Arts and Literature

Revue du Centre d'Etudes des Littératures et des Arts d'Afrique du Nord · Review of the Center for the Study of the Literatures and Arts of North Africa / Maghrebian Arts and Literature

Ombres de mon Soleil cover

Encre Rouge Collection — Poetry

Ombres de mon Soleil

Poèmes 1970–2005

Eric Sellin

Published 2005 ISBN: 0-9665360-5-3 Éditions Les Mains Secrètes
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Préface — Hédi Abdel-Jaouad

« Voici, pour le partage, la moisson miraculeuse d'un poète américain de "graphie française" qui n'a cessé, depuis sa prime jeunesse, d'être à l'écoute essentielle (un itinéraire d'écoute de plus d'un demi-siècle !), celle du monde, le nôtre, dont il est un des meilleurs citoyens. […]

Je tiens cette poésie pour une des plus éclatantes manifestations du vrai multiculturalisme ! Nul étonnement à ce qu'Eric ait croisé sur son itinéraire poétique, en les saluant, qui par dédicaces, qui par clins d'œil, et qui par simples allusions, nombre d'illustres poètes de la Francophonie : Kateb Yacine, Mohammed Dib, Abdélkebir Khatibi, Tahar Djaout, Mouloud Mammeri, Léopold-Sédar Senghor, Aimé Césaire, Tchicaya U'Tam'Si, etc. Comme eux, il chante haut et fort la puissance magique du Verbe "fragile plus vieux que le monde." Comme eux, il est plurilingue, ouvert à tous les possibles du langage, assoiffé de lendemains de langages. […]

À l'instar de ses confrères africains, particulièrement maghrébins, Eric affiche une nette prédilection presque "fétichiste" pour certains mots et verbes : chuchoter, vrombir, baratter, ainsi qu'un faible pour les mots et expressions rares et insolites, écubier, âme-varech, lune borgne, sans oublier sa remarquable aptitude à "guette[r] le son et / les heurts inattendus / des mots" jusque dans les fautes de frappe, "chantier borgne" (chez Kateb) pour "chantier bagne", et dans la proximité sonore et les associations logiques qui unissent "rune" et "ruine." Notons aussi, au passage, ces quelques délicieux particularismes et trouvailles langagiers, car notre poète est métisseur des mots, cultivateur dans les camps de l'interfécondation linguistique et culturelle : "je me couvre de / la couverture de la nuit" ; "Ah, quel mythème que cette lune" ; et enfin "Les étoiles les plus minuscules de la voie lactée / jappent et caquètent dans le poulailler de mon cœur."

Voici donc, en offrande, une poésie qui mérite d'être dégustée syllabe par syllabe, car en chacune se lit l'épanchement d'un homme généreux épris d'humanisme et de poésie, syllabes surgissant comme des petits miracles arrachés au corps aride du quotidien. »

— Hédi Abdel-Jaouad

Poèmes (Extraits)

Le Carrefour à Ngaparou

Tout se tait. La fumée dans les rayons des phares n'est que de la poussière. Il s'agit donc d'un sursis. La récolte de nos champs est éphémère, la nuit fragile. Nos corps vibrent de vitalité, mais la nuit se tait et dans tout le domaine que trace la peur un petit point brille : la porte par où l'on meurt.

Extrait de Terre Bleu, Terre Insolite : Quatuor pour Tahar Djaout (1954–1993)

« …Les oliviers nous offrent leur vieille sagesse d'avoir nourri les gens de ce pays pendant des millénaires et cramponnés aux pentes raides [de la Kabylie nous tendent encore une fois l'offrande et nous supplient nous prient d'aimer nous exigent d'avoir pitié nous bercent dans le nid de leur ramée et au loin autour des crimes du massif du Djurdjura le tonnerre pleure la perte d'un ami ainsi qu'il annonce l'imminence de la tempête qui enverra en aval au pied de la montagne ses alluvions de majesté et de justice »

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